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Cuisiner au soleil
Histoire d’une expérience pilote au Mexique

Adopter l’énergie solaire en cuisine permet de diminuer la consommation de gaz, de charbon ou de bois des petits restaurants ambulants de Mexico. C’est ce qu’a montré l’expérience menée entre novembre 2009 et décembre 2010 à Oaxaca, une ville au sud du Mexique.

Depuis qu’il arbore une drôle de parabole étincelante sur le toit de sa charrette transformée en resto ambulant, Alfredo Garcia Martinez est ravi. Ses clients sont encore plus nombreux. Tous veulent désormais manger chez Star Wars, le nouveau nom de la Taqueria Poncho à Oaxaca, dans la banlieue de Mexico.

«Nous avons proposé à Alfredo de tester un prototype de cuisine solaire, c’est à dire de remplacer son installation traditionnelle au gaz par un nouveau système qui fonctionne à l’énergie solaire» raconte Michael Götz, expert suisse en énergie solaire.

Du soleil dans la cuisine
Car utiliser le soleil pour fabriquer de l’électricité ou chauffer de l’eau est aujourd’hui fort bien connu. Mais utiliser cette même énergie pour cuisiner, tout simplement, l’est beaucoup moins. Même là où le l’ensoleillement est maximal. Alors qu’il suffirait d’une simple parabole en alu pour faire cuire de l’eau, des crèpes ou même des hamburgers à la seule lumière du soleil. Simple ? Pas exactement. Car il faut une somme de connaissances techniques et pas mal d’imagination pour inventer ces cuisinières au look futuriste. De l’expérience et des idées aussi.

Viser les pros
«Si nous voulons développer les cuisines solaires, explique Michael Götz, nous devons viser une clientèle de professionnels. Simplement parce que là où les conditions d’ensoleillement se prêtent à cette innovation, les gens sont pauvres. Ils n’ont pas les moyens d’acheter une parabole pour leur cuisson domestique – cela ne leur coûte rien de ramasser du bois. En revanche, utiliser l’énergie solaire pour cuisiner à plus grande échelle – de la cuisine de rue au petites entreprises agroalimentaires comme les fromageries ou les mielleries – est rapidement rentable. Et cela le deviendra toujours plus avec le renchérissement des carburants».

Projet pilote
Fort de ce constat, Michael Götz et ses deux partenaires mexicains, Lorena Harp et Gregor Schapers, ont élaboré un projet pilote à Oaxaca. Afin de tester en grandeur nature la faisabilité de la cuisine solaire sur les petits stands qui proposent crèpes, tortillas, tacos, quesadillas, hamburgers ou encore ragoûts de viande aux quatre coins des rues.


Parabole volumineuse
Photo: M.Götz
Premier modèle testé, la parabole qui, avec ses 3m2 de surface, concentre les rayons du soleil pour les réfléchir à haute température sur un plan de cuisson.

Il a d’abord fallu trouver un emplacement adéquat. Un lieu à la fois ensoleillé – sans ombre portée des immeubles ou des arbres -, exactement orienté nord-sud et suffisamment vaste. C’est ce dernier point qui a posé le plus de problèmes, car la parabole a beaucoup d’envergure là où chaque vendeur veille jalousement sur une minuscule concession acquise à prix d’or.

Question efficacité, en revanche, le constat est tout à fait positif. La parabole solaire permet de cuire les aliments à la même température qu’au gaz, sans aucune baisse de rendement et sans savoir-faire particulier. L’engin a ainsi toutes les qualités requises... pour autant que la place et l’ensoleillement ne soient pas comptés. Comme au bord des routes, des plages ou sur les marchés.


Le cylindre efficace
Photo: M.Götz
Le deuxième modèle testé est un peu différent car il s’agit ici de produire de la vapeur. Un cyclindre en aluminium concentre le soleil sur un tube de cuivre où l’eau se transforme en vapeur... laquelle vient chauffer une grosse marmite pleine de ragoût de viande. Le système est installé sur le toit de la Taqueria Poncho d’Alfredo. Plus de problème de place et l’ensoleillement est garanti puisque le système s’affranchit plus facilement des ombres indésirables. Mieux, le cyclindre suit avec précision la course du soleil grâce à une programmation automatique alimentée par... un petit panneau solaire. Eh oui, du soleil, toujours du soleil.

Des économies non négligeables
Alfredo Garcia Martinez est si convaincu par l’expérience qu’il a décidé de garder la cuisinière «Star Wars». Car c’est une affaire rentable. Comme il ne consomme plus que 30 à 40% du gaz dont il a besoin pour faire tourner son affaire, ses frais de fonctionnement ont beaucoup diminué.

Une expérience réussie
Après ces trois mois de test à Oaxaca, Michael Götz est totalement satisfait. Reste aujourd’hui à développer la production du produit sur place – ça c’est le rôle de Gregor Schapers, dont l’entreprise installée dans l’Etat de Hidalgo, au nord de la capitale,  fabrique des chauffe-eau et des cuiseurs solaires destinés aux petites industries agro-alimentaires.  Quant à la promotion du système, ça c’est le rôle de la troisième partenaire du projet, Lorena Harp, forte de sa grande connaissance du terrain et des milieux écologiques mexicains.  Leur but à tous les trois: convertir à moyen terme un maximum de mini-restos de rue à la cuisine solaire. «C’est un objectif gagnant-gagnant, dit encore Michaël Götz. De l’effet de serre au porte-monnaie des petits entrepreneurs mexicains, tout le monde va y trouver son compte. Cela en vaut la peine.».

Pour en savoir plus :
exsol@cuisinesolaire.com
www.cuisinesolaire.com

Testez par vous-même !
Saviez-vous qu’il y a suffisamment de soleil en Suisse pour cuisiner jusqu’à 100 jours par an à l’aide de l’énergie solaire ? Vous trouverez tous les trucs et astuces, ainsi que des recettes, dans le livre « Cuiseurs solaires» de Rolf Behringer et Michael Götz. En librairie ou chez  www.cuisinesolaire.com.